LE COCHON, LA CHEVRE ET LE MOUTON, la clairvoyance et le déni
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Jean de la Fontaine a écrit 243 fables répartis en trois recueils. Celle-ci écrite en 1678 est la douzième du troisième recueil.
Au temps de Jean de la Fontaine, Aussi surprenant que cela paraisse, l’animal était tenu responsable de ses actes et non le propriétaire et pouvait être jugé et exécuté (souvent pendu ou décapité).
Cependant les animaux domestiques étaient traités comme des choses, (sans intelligence ni émotions) à la merci du maitre. En 1850 une loi est votée incriminant les mauvais traitements aux animaux domestiques, C’est le commencement de leur protection
Il faudra attendre 2015, pour que le code civil précise, ‘(article 515-14) que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilités ». Cet article et flou et dans certains cas, l’animal est encore un meuble. Mais tout cela va dans le bon sens pour nos amis les animaux. A lire cette fable, j’imagine que Jean de la Fontaine avait de la considération pour les animaux leur reconnaissant une intelligence, des émotions, une mémoire et de l’affectivité,
LE COCHON, LA CHEVRE ET LE MOUTON
Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras,
Montés sur même char s’en allaient à la foire :
Leur divertissement ne les y portait pas ;
On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire :
Le Charton (1) n’avait pas dessein
De les mener voir Tabarin.(2)
Dom Pourceau criait en chemin
Comme s’il avait eu cent Bouchers à ses trousses.
C’était une clameur à rendre les gens sourds
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ;
Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le Charton dit au Porc : Qu’as-tu tant à te plaindre ?
Tu nous étourdis tous, que ne te tiens-tu coi ?
Ces deux personnes-ci plus honnêtes que toi,
Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire.
Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ?
Il est sage. Il est un sot,
Repartit le Cochon : s’il savait son affaire,
Il crierait comme moi, du haut de son gosier,
Et cette autre personne honnête (3)
Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu’on les veut seulement décharger,
La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine.
Je ne sais pas s’ils ont raison ;
Mais quant à moi qui ne suis bon
Qu’à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit (4) et ma maison.
Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :
Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin ;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage
La Fontaine connaissait mieux que quiconque l’intelligence du cochon, il en fait la démonstration dans cette fable, par comparaison avec une chèvre et un mouton
La mise en scène est remarquable avec trois épisodes, l’illusion, l’indifférence, la tragédie qui se cache derrière les rideaux. Voilà trois animaux bien différents, Un pourceau c’est beau, une chèvre, c’est bête un mouton ça bêle. Seul le cochon est méfiant, le saltimbanque Tabarin ne serait qu’un leurre.
La charrette est le seul moyen de transport pour se rendre en groupe aux foires, aux fêtes de familles. Voilà nos trois animaux charretées
La chèvre ne fait que bêler, elle n’est guère intelligente, dit-on, elle est surtout appréciée pour son lait et sa peau qui donne un excellent cuir. Moins pour sa viande, je n’en suis pas friand. Une expression me vient à l’esprit : ménager la chèvre et le chou.
Michel Barnier en a fait les frais.
Le mouton, est un animal gentil mais un peu sot, il a besoin d’un berger pour le guider, sa laine est souple et son gigot excellent. Le plus intelligent des trois, le cochon a de l’intuition, il sait que tout e st bon dans sa carcasse. Et, c’est vrai ! Dans les années 1940-1950, mon père en achetait deux jeunes porcs pour les engraisser, l’un destiné au boucher l’autre pour notre consommation. Les deux pauvres ne se doutait pas que leur sort était sellé quand ils entraient dans la soue : « la masse et la découpe »
Ces pourceaux, aux yeux malicieux avec leur queue en tirebouchon me souriait et grognaient de plaisir quand je leur tirais les oreilles. Chaque matin, ils plongeaient leur groin dans un seau de lait, agrémentée de farine de céréales. Plus âgés, c’était des pommes de terre cuites à l’eau, accompagnées d’épluchures et d’eau de vaisselle pour les engraisser. Il adorait cette mixture. Les voilà tous les trois embarqués dans une charrette en pensant qu’ils allaient voir le saltimbanque Tabarin. La chèvre et le mouton en rêvent, le cochon n’y croit pas. Il se mit à criait si fort que le charton s’en est offusqué. il fait remarquer au cochon que ses deux compères son silencieux Le cochon répond, ils font l’autruche en se mettant leur tête dans le sable.
- Dom Pourceau criait en chemin
- Comme s’il avait eu cent Bouchers à ses trousses
- C’était une clameur à rendre les gens sourds
- Les autres animaux, créatures plus douces,
- Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ;
- Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le cochon se reprend et critique gentiment ses amis de fortune
Il est sage. Il est un sot,
Repartit le Cochon : s’il savait son affaire,
Il crierait comme moi, du haut de son gosier,
Et cette autre personne honnête (3)
Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu’on les veut seulement décharger,
La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine.
Puis se résout à la fatalité : la mort, La mort est inéluctable. Le porc est bien gras, bon à manger, et doit se résoudre à tout abandonner. Il aura beau crier comme un pendu, il sait que cela ne servira à rien? En grand philosophe, il accepte son destin. Qui est le destin de tous les êtres vivants : mourir !
Je ne sais pas s’ils ont raison ;
Mais quant à moi qui ne suis bon
Qu’à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit (4) et ma maison.
Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :
Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin ;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.
A travers le récit de cette fable, la Fontaine nous apprends que certaines situations nous placent devant des choix, Choisir ce n’est pas toujours facile, soit on s’enferme dans le déni, soit on fait face aux problèmes. La chèvre, le mouton, ne veulent pas voir qu’ils vont à l’abattoir ! Pourtant le cochon cherche à les alerter Ils ne veulent rien entendre.
La fontaine nous enseigne également, le prix de la liberté s, Choisir ! Je vous donne un exemple très concret en ce qui me concerne, retarder une visite chez le dentiste, car j’ai horreur du dentiste, mais la carie faisait son ouvrage ! Nous sommes souvent enclins à reporter au lendemain ce que l’on peut faire le jour même. Ma mère me disait souvent, tourne 7 fois ta langue dans ta bouche avant de parler ! Je m’appuie sur cette expression avant d’être trop violent dans mes critiques sur telle ou telle bonhomme ou position et me pose cette question ; « Qu’aurais-je fait en 1942/44, de quel côté aurais-je basculé, la collaboration ou la résistante Aujourd’hui je n’en sais encore rien.
Conclusion : La peur ne change pas le destin, la mort à court terme, à moyen terme ou tardivement est inéluctable, mais la Fontaine oublie de dire que dans la vie il faut se battre non pas avec des armes mais avec des idées.
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