Souvenirs d’enfance, l’Evêque de Soissons (1928-1946)
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Il ne faut pas prendre au pied et à la lettre les souvenirs d’enfance. Avec l’âge il peut y avoir des erreurs dans la reconstruction d’un événement vécu dans les premières années d’existence.
Nous sommes dans les années 1941-1942, son excellence Monseigneur MENNECHET (1877-1946) l’évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin vient pour présider une confirmation. Monseigneur est attendu sur la place de l’Eglise par monsieur le curé, monsieur le Maire, les édiles et un certain nombre de villageois. Son automobile massive, s’arrête sur la place près des quatre tilleuls plus que centenaire aujourd’hui disparus. Son chauffeur lui ouvre la porte, Ernest, Victor MENNECHET descend, lentement de son véhicule Il est accompagné de son Vicaire général, Il est accueillit les édiles, le curé, le Maire le baron du village, , avec révérence, ainsi que le petit peuple.
L’homme n’est pas très grand, à de l’embonpoint, semble toutefois alerte et se laisse facilement baiser l’anneau épiscopal. Bien que je ne sois encore qu’un gamin je suis surpris qu’on lui embrasse si facilement la ,main je suis surpris aussi par son chapeau, un chapeau vert avec une plume. Tiens pourquoi une plume ! celle-ci met restée en mémoire.
La suite de ce petit commentaire est pour partie sortie de mon imagination. L’arrivée de son excellence annonçait depuis plusieurs jours avait attisé la curiosité des gens du village, le père Poulain dit gros œil est sorti de sa tanière et de son cercueil peint qui lui servait de lit depuis l’arrivée des allemands, pour assister de loin à l’évènement. Avec quelques potes, j’ai eu non pas l’effroi mais l’amusement de m’allonger dedans. Ce cercueil badigeonné au goudron pour ne pas être rongé par les vers lui servait pour conserver ses ails, ses oignons, ses haricots en attendant d’y passer son éternité. Ce cercueil avait été fabriqué par le menuisier du village.
Son compère le Gazon avait vidé quelques bouteilles de trop, il fut mis à l’écart par le garde champêtre. Monsieur le garde bien qu’incroyant, pensionné de la guerre 14-18 avait perdu une jambe remplacée par un pilon aurait eu gros chagrin que des incidents remettent en cause son autorité lors de cet événement.
Les petites filles en robe blanche, petits nœuds dans les cheveux, une corbeille remplie de pétales de roses faisaient la haie sur le parvis de l’église en attendant de lancer des pétales au passage de Monseigneur ; les vieilles dames habillées de noir, portant foulard dentelé sur la tête s’empressaient de passer le porche d’entrée pour être en premières loges. Les habitués du café Rosa, près de l’Eglise, verre à la main étaient sortis sur le trottoir pour voir en personne Monseigneur. La bistrotière Céline dite jambe de bois dont le café se situait dans la rue d’a côté, était descendue chez la mère Rosa pour ne pas manquer l’événement.
Mon père, qui ne portait guère d’intérêt à ce genre d’événements, avait fini de traitres ses 10 vaches et de nettoyer les écuries, il prenait son déjeuner, Ma mère curieuse s’était empressée de servir le lait des clients, pour s’avancer sur le trottoir et apercevoir le prélat.
Le bedeau fit sonner la cloche à toute volée, son excellence de petite taille et grassouillet est entré dans l’église au chant de l’alléluia suivi par le baron, la baronne et leurs quatre filles pour gagner leur place dans le transept droit, les citoyens ont suivi. Son excellence lança la cérémonie à grand coup d’encensoir puis arriva le sermon. Ses ouailles écoutèrent d’une oreille distraite ; les conseils à l’eau tiédie de monseigneur, Un gros cultivateur du coin ne pouvait s’empêcher de mimer les gestes onctueux de monseigneur qui faisaient rire ses voisins. La cérémonie terminée, les habits liturgiques remisés, la crosse réemballée dans son étui, son excellence remonta dans la grosse voiture pour rejoindre le château, les braves gens leur chaumière. Mon père et ma mère se mirent à table.
Que reste-t-il aujourd’hui de cet événement marquant, pour le gamin que j’étais ? La cure a été vendu, les paroissiens se sont évanouis, le village s’est sécularisé, le petit Jésus ne fait plus de pirouettes dans sa mangeoire, les saints sont rangés dans un placard. L’église est quasiment vide toute l’année. Les messeigneurs n’ont pas su s’adapter aux changements des meurs et pourtant les gens ont toujours besoin de spiritualité.
MENNECHET comme beaucoup d’autre Monseigneur était Pétainiste en 1940, Il l’était, mais avait-il l’envergue pour choisir d’antres voies
Voici ce qu’il écrivait
C'est vous dire, Monsieur le Maréchal, que dans mon diocèse vous êtes compris, aimé et suivi et le serez de plus en plus. Mes diocésains, d'ailleurs si éprouvés par la guerre 1914-1918, ont expérimenté depuis qu'avec de l'union, de l'ordre, de la discipline, il est possible de faire jaillir des ruines les plus grandes, les plus magnifiques résurrections. C'est dans ces sentiments que nous voulons continuer à travailler sous votre direction, chacun à la place qui nous est assignée, au redressement tant souhaité de notre cher pays.”
(Lettre au Maréchal du 24 octobre 1941)